Patricia Fort

Auteure : Nom féminin, celle qui est la cause de quelque chose…

Une vie de chien - Une vie bien rangée aux Editions Dorval.
L’ame de fond - Brasse- Bouillon : MF Editions

Jeanne avait fait une bêtise.

 

Hier soir elle avait regardé le 20 heures de Pujadas.

Une faiblesse.

Ou plutôt non, une nostalgie.

 

Jeanne était clouée par la maladie depuis plusieurs jours dans son F2 sous les toits, à regarder passer les oiseaux par les velux.  Les seuls bruits de la vie qui lui parvenaient étaient les pas du voisin dans l’escalier, les vibrations du tram en bas, comme un métronome, les sirènes des ambulances qui arrivaient aux urgences du vieil hôpital, juste en face.

 

Elle s’était souvenue de ce temps où enfant, lorsqu’elle était malade, sa mère faisait rouler la table en formica imitation bois où trônait la télévision sous sa housse, jusqu’à sa chambre pour qu’elle puisse regarder Belle et Sébastien, ou Rintintin à l’ORTF.

C’était  un privilège que seule la maladie autorisait.

 

Alors, inconsciemment, Jeanne avait tapé sur Google : France 2 en direct …

 Enroulée dans sa couette, comme autrefois. Il lui manquait juste le tilleul sucré de maman et sa douce présence.

Elle avait allumé une cigarette et sur l’écran de son ordinateur Pujadas était apparu…

 

Propre sur lui, avec sa tête de parfait gendre et son brushing.

Ni triste ni gai.  

 

C’est après que tout a «  merdé »  vraiment!

 

Pour commencer le reportage sur ces retraités pleins aux as dans le midi, regroupés en association pour surveiller leur quartier résidentiel et traquer la racaille… le tout encadré par la gendarmerie qui les forme et délivre des diplômes de «  capitaine  de quartier  »…

 

Ça pue…

 

Mais non… Le septuagénaire sponsorisé par «  les croisières prestiges  » et  «  la chaine thermale du soleil  »  réunies nous explique que non, ils n’ont rien à voir avec une milice, qu’ils ne font que signaler les gens louches… ( Sur quel critères ? C’est sans doute la formation « délit de sale gueule  »que prodigue la gendarmerie nationale …).

Et Pujadas de renchérir : et ça marche….

Ben oui, c’est sur…

 

Ça pue toujours…

 

Deuxième sujet : le réchauffement climatique :

Le gendre parfait nous explique qu’une étude Américaine SCIENTIFIQUE ( pas de références)  montre que les tempêtes que nous subissons de plus en plus sous nos latitudes sont directement liées à la fonte de la banquise.

Bon.

Alors un  Monsieur météo planétaire apparaît dans son costume mal repassé et nous explique sur le planisphère animé que étant donné que les masses d’air en haut sont moins froides et que celle du bas sont toujours chaudes, les courants d’airs au lieu de rester sagement où d’habitude ils provoquaient tsunamis, ouragans et autres catastrophes que l’on regardait avec compassion devant notre télé, et bien  maintenant  ces putains de courants d’air deviennent fous et viennent jusque dans nos salons où on se croyait bien  à l’abri…

 

On comprend bien que ça ne va pas s’arranger, même si monsieur météo se goure une ou deux fois entre le chaud et le froid.

Rien sur les moyens qui permettraient de stopper cette fonte -dont certains pays se frottent les mains… Ils pourront bientôt aller piller le sous-sol aussi là-bas- .

Rien non plus sur l’antithèse qui considère que ce réchauffement fait partie d’un cycle normal de la Terre ( Les périodes de glaciation et de réchauffement font partie de l’histoire de notre planète… ).

Mais de toute évidence, il ne s’agit pas d’une émission scientifique, mais d’information

 (Ah oui ?).

 

Et là c’est l’APOTEOSE.

Sans transition  et sans rire, Poupou nous annonce qu’un rapport veut assouplir la loi Littoral au profit du “développement”  Les rapporteurs du texte estiment que les côtes françaises “pâtissent d’un affrontement stérile entre protection et aménagement”. 

Et là Jeanne se dit : Mais ils n’on pas écouté Monsieur Météo planétaire ou quoi ?

Ils sont fous ces gaulois !!  

Alors, un bon Maire Breton nous explique qu’il voulait faire un joli complexe Thalasso pour les pauvres chômeurs, les veuves de marins perdus en mer  (non Jeanne !!) et qu’il n’a pas pu le pauvre, à cause de cette foutue loi d’écologistes inconscients, et que plusieurs dizaines d’emplois ne vont pas pouvoir être créés…

Jeanne avait déjà le cœur aubord des lèvres, mais là, elle était au bord de la rechute, du mal des grands fonds, de l’apoplexie intellectuelle.

Mais ce n’était pas fini…

Sujet culturel… ( Enfin Jeanne le pensait)

Les temples d’Angkor…Classés au patrimoine Mondial de l’Unesco.

Jeanne n’avait toujours pas compris si ce reportage avait pour but de nous inciter à aller gonfler les populations de touristes qui visitent chaque année ces ruines inestimables ou nous alerter sur le risque majeur d’écroulement de celles- ci, du  justement à la prolifération d’hôtels construits à la périphérie, qui pompant exagérément l’eau de la nappe phréatique, mettent en danger la stabilité de la couche sableuses sur laquelle elles reposent.

Un malheureux archéologue, déplorait, dans les deux minutes qui lui étaient consacrées, que ces joyaux qui avaient résisté au temps, aux guerres, aux pillages risquaient de ne pas résister à leur succès médiatique et à la pollution….

Jeanne se disait que les informations n’étaient pas bonnes pour sa convalescence.

Elle ne comprenait décidément plus rien .

Elle quitta le gendre de bonne famille sans regret et se promis de ne plus céder à la nostalgie.

Mais la dernière information de la soirée, recueillie celle-ci sur internet  lui redonna la force de regarder ce monde en face :

« Le jeune poète Hashem Shaabani a été pendu après que sa sentence ait été aprouvée par le “modéré” président iranien Hassan Rouhani  »

Dans une de ces dernières lettres à sa famille il avait écrit : 

"J’ai essayé de défendre le droit légitime que tous les gens dans ce monde devrait avoir qui est le droit de vivre librement protégé par les droits civiques. Avec toutes les tragédies dont j’ai été témoin, je n’ai jamais utilisé une arme pour lutter contre ces crimes atroces, ma seule arme a été ma plume".  

Et Jeanne avait pleuré, de vraies larmes brûlantes et amères, sur ce monde 

Et doucement, comme une prière pour demain elle avait murmuré : Que nos mots soient des graines de fleurs écarlates qui éveillent les consciences… La barbarie n’est jamais très loin.

© Patricia Fort Tous droits réservés. 18 février 2014 

 

 

 

 

 

 

Jeanne avait fait une bêtise.

 

Hier soir elle avait regardé le 20 heures de Pujadas.

Une faiblesse.

Ou plutôt non, une nostalgie.

 

Jeanne était clouée par la maladie depuis plusieurs jours dans son F2 sous les toits, à regarder passer les oiseaux par les velux.  Les seuls bruits de la vie qui lui parvenaient étaient les pas du voisin dans l’escalier, les vibrations du tram en bas, comme un métronome, les sirènes des ambulances qui arrivaient aux urgences du vieil hôpital, juste en face.

 

Elle s’était souvenue de ce temps où enfant, lorsqu’elle était malade, sa mère faisait rouler la table en formica imitation bois où trônait la télévision sous sa housse, jusqu’à sa chambre pour qu’elle puisse regarder Belle et Sébastien, ou Rintintin à l’ORTF.

C’était  un privilège que seule la maladie autorisait.

 

Alors, inconsciemment, Jeanne avait tapé sur Google : France 2 en direct …

 Enroulée dans sa couette, comme autrefois. Il lui manquait juste le tilleul sucré de maman et sa douce présence.

Elle avait allumé une cigarette et sur l’écran de son ordinateur Pujadas était apparu…

 

Propre sur lui, avec sa tête de parfait gendre et son brushing.

Ni triste ni gai.  

 

C’est après que tout a «  merdé »  vraiment!

 

Pour commencer le reportage sur ces retraités pleins aux as dans le midi, regroupés en association pour surveiller leur quartier résidentiel et traquer la racaille… le tout encadré par la gendarmerie qui les forme et délivre des diplômes de «  capitaine  de quartier  »…

 

Ça pue…

 

Mais non… Le septuagénaire sponsorisé par «  les croisières prestiges  » et  «  la chaine thermale du soleil  »  réunies nous explique que non, ils n’ont rien à voir avec une milice, qu’ils ne font que signaler les gens louches… ( Sur quel critères ? C’est sans doute la formation « délit de sale gueule  »que prodigue la gendarmerie nationale …).

Et Pujadas de renchérir : et ça marche….

Ben oui, c’est sur…

 

Ça pue toujours…

 

Deuxième sujet : le réchauffement climatique :

Le gendre parfait nous explique qu’une étude Américaine SCIENTIFIQUE ( pas de références)  montre que les tempêtes que nous subissons de plus en plus sous nos latitudes sont directement liées à la fonte de la banquise.

Bon.

Alors un  Monsieur météo planétaire apparaît dans son costume mal repassé et nous explique sur le planisphère animé que étant donné que les masses d’air en haut sont moins froides et que celle du bas sont toujours chaudes, les courants d’airs au lieu de rester sagement où d’habitude ils provoquaient tsunamis, ouragans et autres catastrophes que l’on regardait avec compassion devant notre télé, et bien  maintenant  ces putains de courants d’air deviennent fous et viennent jusque dans nos salons où on se croyait bien  à l’abri…

 

On comprend bien que ça ne va pas s’arranger, même si monsieur météo se goure une ou deux fois entre le chaud et le froid.

Rien sur les moyens qui permettraient de stopper cette fonte -dont certains pays se frottent les mains… Ils pourront bientôt aller piller le sous-sol aussi là-bas- .

Rien non plus sur l’antithèse qui considère que ce réchauffement fait partie d’un cycle normal de la Terre ( Les périodes de glaciation et de réchauffement font partie de l’histoire de notre planète… ).

Mais de toute évidence, il ne s’agit pas d’une émission scientifique, mais d’information

 (Ah oui ?).

 

Et là c’est l’APOTEOSE.

Sans transition  et sans rire, Poupou nous annonce qu’un rapport veut assouplir la loi Littoral au profit du “développement”  Les rapporteurs du texte estiment que les côtes françaises “pâtissent d’un affrontement stérile entre protection et aménagement”.

Et là Jeanne se dit : Mais ils n’on pas écouté Monsieur Météo planétaire ou quoi ?

Ils sont fous ces gaulois !! 

Alors, un bon Maire Breton nous explique qu’il voulait faire un joli complexe Thalasso pour les pauvres chômeurs, les veuves de marins perdus en mer  (non Jeanne !!) et qu’il n’a pas pu le pauvre, à cause de cette foutue loi d’écologistes inconscients, et que plusieurs dizaines d’emplois ne vont pas pouvoir être créés…

Jeanne avait déjà le cœur aubord des lèvres, mais là, elle était au bord de la rechute, du mal des grands fonds, de l’apoplexie intellectuelle.

Mais ce n’était pas fini…

Sujet culturel… ( Enfin Jeanne le pensait)

Les temples d’Angkor…Classés au patrimoine Mondial de l’Unesco.

Jeanne n’avait toujours pas compris si ce reportage avait pour but de nous inciter à aller gonfler les populations de touristes qui visitent chaque année ces ruines inestimables ou nous alerter sur le risque majeur d’écroulement de celles- ci, du  justement à la prolifération d’hôtels construits à la périphérie, qui pompant exagérément l’eau de la nappe phréatique, mettent en danger la stabilité de la couche sableuses sur laquelle elles reposent.

Un malheureux archéologue, déplorait, dans les deux minutes qui lui étaient consacrées, que ces joyaux qui avaient résisté au temps, aux guerres, aux pillages risquaient de ne pas résister à leur succès médiatique et à la pollution….

Jeanne se disait que les informations n’étaient pas bonnes pour sa convalescence.

Elle ne comprenait décidément plus rien .

Elle quitta le gendre de bonne famille sans regret et se promis de ne plus céder à la nostalgie.

Mais la dernière information de la soirée, recueillie celle-ci sur internet  lui redonna la force de regarder ce monde en face :

« Le jeune poète Hashem Shaabani a été pendu après que sa sentence ait été aprouvée par le “modéré” président iranien Hassan Rouhani  »

Dans une de ces dernières lettres à sa famille il avait écrit :

"J’ai essayé de défendre le droit légitime que tous les gens dans ce monde devrait avoir qui est le droit de vivre librement protégé par les droits civiques. Avec toutes les tragédies dont j’ai été témoin, je n’ai jamais utilisé une arme pour lutter contre ces crimes atroces, ma seule arme a été ma plume". 

Et Jeanne avait pleuré, de vraies larmes brûlantes et amères, sur ce monde

Et doucement, comme une prière pour demain elle avait murmuré : Que nos mots soient des graines de fleurs écarlates qui éveillent les consciences… La barbarie n’est jamais très loin.

© Patricia Fort Tous droits réservés. 18 février 2014