Patricia Fort

Auteure : Nom féminin, celle qui est la cause de quelque chose…

Une vie de chien - Une vie bien rangée aux Editions Dorval.
L’ame de fond - Brasse- Bouillon : MF Editions

ROQUEFER

Elle marchait dans le silence de la nuit sur le chemin qui longeait le bois de Roquefer. Elle aimait s’imposer ce retour solitaire.

Se sentir vulnérable, sursauter au bruit furtif d’un chevreuil qui détale, écouter les  cris de la nuit, tendre l’oreille et retenir son souffle, se laisser envahir par des ombres mouvantes, confondre le bruit de sa respiration et celui d’un animal terré dans son imagination, allonger le pas, accrocher ses vêtements dans les branches, croire qu’elles s’animaient et courir enfin, à en perdre haleine,jusqu’au portillon bleu de sa maison.

 La soirée avait été comme d’habitude très chaleureuse.

 Quelques verres de Bergerac, un bon repas et les barrières se brisent, les amis se révèlent,libèrent leurs craintes, palabrent sans fin pour imaginer demain. Yeux brillants d’excitation et belles chansons.

Ce soir, l’air sentait déjà le début de l’automne. Un subtil mélange d’humus, de mûres et de foin humide oublié. La brume, au ras du sol,rendait ses pas incertains et sa trajectoire hasardeuse.

 Elle sentait des gouttelettes de condensation perler au creux de ses narines et ses sens en éveil, comme une biche aux abois, prête à fuir.

La chouette l’accompagnait de son doux cri envoûtant.

La lune s’éteignit soudain, masquée par un long voile de nuages bleutés.

Un craquement. Une brindille sous ses pas, sans doute. Un autre, plus marqué. Elle s’arrêta net et bloqua sa respiration pour mieux écouter. Le silence…

La dame-blanche chantait.

Des frissons lui remontaient le long des jambes et tout son corps était tendu dans cette attente.

Elle secoua énergiquement sa tignasse rousse, comme pour chasser les ombres qui se profilaient devant ses yeux, et se remit en route.

Elle regrettait de n’avoir pas pris ses lunettes, comme d’habitude.

Tout lui semblait flou, les contours lui échappaient, les couleurs se mêlaient, donnant au sous-bois un aspect irréel.

C’est après le vieux chêne du père Darmagnac, qu’elle les aperçut.

Deux yeux brillants comme de l’or, démesurés. Deux amandes de feu, à  hauteur d’homme.

Immobiles.

Elle sentait son cœur bondir dans sa poitrine, sa respiration était douloureuse. Elle n’osait bouger.

Elle qui aimait les sensations fortes, elle était comblée,ce soir !

Les hypothèses se succédaient rapidement dans sa tête :Un cerf ? Il aurait détalé depuis longtemps. Un renard ? Trop petit.Un loup ? On en avait signalé un en Dordogne, mais peu probable. Michael Jackson ?  Morte de rire … Enfin…

Ce qui la tétanisait, c’était l’immobilité de ces yeux qui la fixaient. Depuis combien de temps ? Il lui semblait que le temps s’était arrêté.

La lune  se cachait toujours et elle avait beau se concentrer sur l’endroit d’où jaillissaient ces deux flammes, elle ne parvenait à distinguer aucune silhouette, aucune forme,qui aurait pu la mettre sur la voie de l’animal qui se dissimulait dans la pénombre.

Faire demi-tour ? Elle était à peine à 5minutes de chez elle. Il finirait bien par se lasser de son immobilité.

Elle avait froid maintenant et ses yeux la brûlaient.

Soudain, il lui sembla que les yeux avaient bougé,imperceptiblement. Elle les fixa plus intensément encore. Le sang qui battait  dans ses tempes la rendait sourde aux bruits de la nuit. Elle n’entendait plus que cette percussion coronaire et elle eut l’impression que ses jambes se dérobaient. Un vertige l’emportait, comme un appel intérieur.

L’espace d’une seconde, elle se sentit déchirée entre cette sensation d’abandon et la peur de s’évanouir sur ce chemin mouillé de Roquefer,livrée à cette créature sans nom.

Elle se ressaisit d’un mouvement brusque de tout son corps et ouvrit les yeux.

Elle était assise, au bord du chemin, jambes écartées,couverte de rosée.

Les yeux avaient disparu.

À aucun moment, elle n’avait eu la sensation de tomber.S’était-elle finalement évanouie ? Etrange.

Son cœur avait retrouvé un rythme raisonnable et elle  tombait de fatigue.

Elle se releva lentement. Ses jambes lui faisaient mal. Elle scruta alentour, priant tous les dieux que la nuit reste vide.

Rien. Ou personne …

Machinalement, elle regarda sa montre : minuit vingt.

Pour revenir à pied de chez les Dumas, il lui fallait habituellement un quart d’heure ; vingt minutes, si elle flânait certains soirs, à deviner les animaux, à humer les parfums. Mais là, elle n’y comprenait plus rien. Elle avait quitté ses amis à minuit quinze.

D’ailleurs Josy avait fait remarquer que pour une fois, ils avaient été raisonnables et qu’elle serait sous sa couette à minuit et demie.

Ce face à face avec les yeux n’aurait duré que quelques instants ? Il lui avait paru interminable…

Reprenant peu à peu ses esprits, elle se remit en marche d’un bon pas, se retournant de temps en temps, avec le sentiment d’avoir rêvé ce qui demain lui semblerait une anecdote, un effet collatéral du Bergerac…

Elle aperçut  le portillon bleu de son jardin et soupira néanmoins de soulagement.

Elle ne rêvait que d’une chose : se glisser dans des draps frais et oublier cette étrange aventure.

 Ses cheveux sur l’oreiller restituaient encore les parfums suaves d’humus  et de paille mouillée et son esprit vagabondait malgré elle dans ce sous-bois.

Dehors, la chouette ponctuait le silence d’appels  clairs et lancinants.

Le sommeil tardait à venir.

 L’obscurité de la chambre se peuplait peu à peu d’ombres et de voiles diffus.

Elles les scrutaient, les yeux  grand ouverts, comme pour en définir les contours et y deviner des visages.

Une douce chaleur se coulait maintenant dans les ruelles de son corps et elle s’abandonna  à ce plaisir presque animal : odeur musquée,  chaleur corporelle,  soie de la peau, violence de la fusion, magie de la voix…

Elle sentait, ou le rêvait-elle ?

Elle n’était plus seule…

© Patricia Fort. Tous droits réservés.image

L’ ARAIGNEE de LUNE

Dans la lune pleine

Dans ses rayons d’albâtre

L’araignée tissait

Des liens de fortune

Fragile  étoile spartiate

Gorgé de nos peines

Son ventre pleurait

 

Dans la lune pleine

Dans ses rayons d’albâtre

L’araignée tissait

Un sourire de brume

Scintillant attrait

Gainées de nos ouates

Ses pattes dansaient

 

Dans la lune pleine

Dans ses rayon d’albâtre

L’araignée tissait

Le verbe et son enclume

Silencieux chapelet

Parée de nos stigmates

Son cœur vibrait.

© Patricia Fort. Photo © Burneintomyheart

image

Over and over…
Dans son vieux pull-over informe qu’elle enfilait comme un doux cocon, Jeanne était hors saison.
Elle était un pavillon de bord de mer balayé par les vents.
Le sable  envahissait les moindres aspérités, s’amoncelait  sur les rebords des fenêtres, comme s’il voulait effacer la mémoire de l’été, gommer les couleurs, étouffer les rires.
Dans son silence bruyant des autres, Jeanne passait tel un fantôme auquel on se serait habitué, errant dans un décor inapproprié, relié au réel par une conscience si superficielle qu’il lui arrivait d’oublier le temps et ses exigences.
Elle était suspendue dans cette attente qui devenait de jour en jour plus pressante.
Jamais personne ne lui avait manqué autant, au point de se sentir dépossédée d’une partie vitale d’elle- même.
Elle était cette maison dormante où on avait recouvert les meubles de draps blancs  en attendant le retour de la belle saison, des voix  joyeuses, des clartés aveuglantes, des parfums de roses et des bourdonnements d’insectes.

Elle s’attendait d’une minute à l’autre à voir passer dans son salon des buissons, ces Virevoltants Tumbleweed emportés dans les rues désertes.

La pulpe de ses doigts cherchait la plage de son dos. Ses lèvres  appelaient la pression de sa bouche.  Et son ventre criait l’écho  perdu dans  un cratère de cendres encore brûlantes. Sans son souffle, Jeanne manquait d’air. Sans son regard, elle ne voyait plus. Sans sa voix, tout était dissonant.

Cette petite phrase qu’elle disait autrefois sans y penser, lui revenait en mémoire : « Partir à Tombouctou … »
Pourquoi Tombouctou ? ?
Parce que le mot lui même évoquait le bout de tout, là où elle enterrerait dans une tombe tout ce qui lui pesait, qu’elle ne maîtrisait pas. Cette ultime fin de soi.

Oui, partir à Tombouctou, où n’importe où.
Là où la vie palpiterait à nouveau, là où elle percevrait les longueurs d’onde des couleurs, là où sans bagage, elle retrouverait la légèreté de son être.

Anesthésiée, hors du temps, mais sous son emprise, Jeanne vivait avec modération. Elle remplissait ses obligations.

Et Jeanne détestait ça.
Jeanne était un hymne à la vie, un sourire, une envie de partage, un mouvement, une rivière joyeuse.

Enfermée à l’intérieur, elle s’effritait. Un crépis que les intempéries rongeaient.

Attendre que la magie opère ? Attendre que le printemps envole cette poussière ?
Les bons samaritains, les faux magiciens ?

Jeanne ouvrit  la fenêtre et laissa le vent faire.

© Patricia Fort-  mars 2014
 Photo : Romain VEILLON 2013

Over and over…

Dans son vieux pull-over informe qu’elle enfilait comme un doux cocon, Jeanne était hors saison.

Elle était un pavillon de bord de mer balayé par les vents.

Le sable  envahissait les moindres aspérités, s’amoncelait  sur les rebords des fenêtres, comme s’il voulait effacer la mémoire de l’été, gommer les couleurs, étouffer les rires.

Dans son silence bruyant des autres, Jeanne passait tel un fantôme auquel on se serait habitué, errant dans un décor inapproprié, relié au réel par une conscience si superficielle qu’il lui arrivait d’oublier le temps et ses exigences.

Elle était suspendue dans cette attente qui devenait de jour en jour plus pressante.

Jamais personne ne lui avait manqué autant, au point de se sentir dépossédée d’une partie vitale d’elle- même.

Elle était cette maison dormante où on avait recouvert les meubles de draps blancs  en attendant le retour de la belle saison, des voix  joyeuses, des clartés aveuglantes, des parfums de roses et des bourdonnements d’insectes.

Elle s’attendait d’une minute à l’autre à voir passer dans son salon des buissons, ces Virevoltants Tumbleweed emportés dans les rues désertes.

La pulpe de ses doigts cherchait la plage de son dos. Ses lèvres  appelaient la pression de sa bouche.  Et son ventre criait l’écho  perdu dans  un cratère de cendres encore brûlantes. Sans son souffle, Jeanne manquait d’air. Sans son regard, elle ne voyait plus. Sans sa voix, tout était dissonant.

Cette petite phrase qu’elle disait autrefois sans y penser, lui revenait en mémoire : « Partir à Tombouctou … »

Pourquoi Tombouctou ? ?

Parce que le mot lui même évoquait le bout de tout, là où elle enterrerait dans une tombe tout ce qui lui pesait, qu’elle ne maîtrisait pas. Cette ultime fin de soi.

Oui, partir à Tombouctou, où n’importe où.

Là où la vie palpiterait à nouveau, là où elle percevrait les longueurs d’onde des couleurs, là où sans bagage, elle retrouverait la légèreté de son être.

Anesthésiée, hors du temps, mais sous son emprise, Jeanne vivait avec modération. Elle remplissait ses obligations.

Et Jeanne détestait ça.

Jeanne était un hymne à la vie, un sourire, une envie de partage, un mouvement, une rivière joyeuse.

Enfermée à l’intérieur, elle s’effritait. Un crépis que les intempéries rongeaient.

Attendre que la magie opère ? Attendre que le printemps envole cette poussière ?

Les bons samaritains, les faux magiciens ?

Jeanne ouvrit  la fenêtre et laissa le vent faire.

© Patricia Fort-  mars 2014

 Photo : Romain VEILLON 2013

SALE HOPE

Sale HOPE

Ma drogue, ma dope

Goutte à goutte

L’absinthe et le doute

 

Sale HOPE

Pour poursuivre la route

Coûte que coûte

Usé jusqu’à la croute

 

Sale HOPE

Suspendu aux signes

Aux lueurs assassines

Aux aubes doucines.

 

Sale HOPE

Ma drogue, ma dope

En mots amblyope

En rêves psychotrope.

 

Sale HOPE

Voyage ascensoriel

Train fantôme pour le ciel

Ou péché véniel ?

“Depuis que tu es en mon cœur je vaux plus que moi-même,
Comme la pierre qui d’avoir été taillée
À trouvé plus de prix que son roc originel.”

—   Au même; Michel Ange (via envertudelamour)
LA LETTRE

 

Effleurée de doigts fébriles. Désir impatient un instant à la cime.

 Dénudée en tremblant. Chemise  ouverte sur un corps qui se dessine, glissant lentement sur des courbes sibyllines.

De ton âme à ta main, de mes yeux à mon cœur, l’encre bleue s’achemine, ondule et se répand en de troublantes baïnes.

Lecture à fleur de peau, la pulpe des doigts s’imprègne des signes.

Aux sens les mots parlent en essences.

Insatiable lecture, aériennes ligatures.

Dans la courbe du  O, la douceur de nos rimes, frisson hypodermique.

Sensuels  encrages, fièvre aux cernes bleuâtres.

Palpable voyage de ses rives à mon port, elle est ce témoin de l’amour en chemin.

© Patricia Fort

LA LETTRE

 

Effleurée de doigts fébriles. Désir impatient un instant à la cime.

 Dénudée en tremblant. Chemise  ouverte sur un corps qui se dessine, glissant lentement sur des courbes sibyllines.

De ton âme à ta main, de mes yeux à mon cœur, l’encre bleue s’achemine, ondule et se répand en de troublantes baïnes.

Lecture à fleur de peau, la pulpe des doigts s’imprègne des signes.

Aux sens les mots parlent en essences.

Insatiable lecture, aériennes ligatures.

Dans la courbe du  O, la douceur de nos rimes, frisson hypodermique.

Sensuels  encrages, fièvre aux cernes bleuâtres.

Palpable voyage de ses rives à mon port, elle est ce témoin de l’amour en chemin.

© Patricia Fort

Jeanne avait fait une bêtise.

 

Hier soir elle avait regardé le 20 heures de Pujadas.

Une faiblesse.

Ou plutôt non, une nostalgie.

 

Jeanne était clouée par la maladie depuis plusieurs jours dans son F2 sous les toits, à regarder passer les oiseaux par les velux.  Les seuls bruits de la vie qui lui parvenaient étaient les pas du voisin dans l’escalier, les vibrations du tram en bas, comme un métronome, les sirènes des ambulances qui arrivaient aux urgences du vieil hôpital, juste en face.

 

Elle s’était souvenue de ce temps où enfant, lorsqu’elle était malade, sa mère faisait rouler la table en formica imitation bois où trônait la télévision sous sa housse, jusqu’à sa chambre pour qu’elle puisse regarder Belle et Sébastien, ou Rintintin à l’ORTF.

C’était  un privilège que seule la maladie autorisait.

 

Alors, inconsciemment, Jeanne avait tapé sur Google : France 2 en direct …

 Enroulée dans sa couette, comme autrefois. Il lui manquait juste le tilleul sucré de maman et sa douce présence.

Elle avait allumé une cigarette et sur l’écran de son ordinateur Pujadas était apparu…

 

Propre sur lui, avec sa tête de parfait gendre et son brushing.

Ni triste ni gai.  

 

C’est après que tout a «  merdé »  vraiment!

 

Pour commencer le reportage sur ces retraités pleins aux as dans le midi, regroupés en association pour surveiller leur quartier résidentiel et traquer la racaille… le tout encadré par la gendarmerie qui les forme et délivre des diplômes de «  capitaine  de quartier  »…

 

Ça pue…

 

Mais non… Le septuagénaire sponsorisé par «  les croisières prestiges  » et  «  la chaine thermale du soleil  »  réunies nous explique que non, ils n’ont rien à voir avec une milice, qu’ils ne font que signaler les gens louches… ( Sur quel critères ? C’est sans doute la formation « délit de sale gueule  »que prodigue la gendarmerie nationale …).

Et Pujadas de renchérir : et ça marche….

Ben oui, c’est sur…

 

Ça pue toujours…

 

Deuxième sujet : le réchauffement climatique :

Le gendre parfait nous explique qu’une étude Américaine SCIENTIFIQUE ( pas de références)  montre que les tempêtes que nous subissons de plus en plus sous nos latitudes sont directement liées à la fonte de la banquise.

Bon.

Alors un  Monsieur météo planétaire apparaît dans son costume mal repassé et nous explique sur le planisphère animé que étant donné que les masses d’air en haut sont moins froides et que celle du bas sont toujours chaudes, les courants d’airs au lieu de rester sagement où d’habitude ils provoquaient tsunamis, ouragans et autres catastrophes que l’on regardait avec compassion devant notre télé, et bien  maintenant  ces putains de courants d’air deviennent fous et viennent jusque dans nos salons où on se croyait bien  à l’abri…

 

On comprend bien que ça ne va pas s’arranger, même si monsieur météo se goure une ou deux fois entre le chaud et le froid.

Rien sur les moyens qui permettraient de stopper cette fonte -dont certains pays se frottent les mains… Ils pourront bientôt aller piller le sous-sol aussi là-bas- .

Rien non plus sur l’antithèse qui considère que ce réchauffement fait partie d’un cycle normal de la Terre ( Les périodes de glaciation et de réchauffement font partie de l’histoire de notre planète… ).

Mais de toute évidence, il ne s’agit pas d’une émission scientifique, mais d’information

 (Ah oui ?).

 

Et là c’est l’APOTEOSE.

Sans transition  et sans rire, Poupou nous annonce qu’un rapport veut assouplir la loi Littoral au profit du “développement”  Les rapporteurs du texte estiment que les côtes françaises “pâtissent d’un affrontement stérile entre protection et aménagement”. 

Et là Jeanne se dit : Mais ils n’on pas écouté Monsieur Météo planétaire ou quoi ?

Ils sont fous ces gaulois !!  

Alors, un bon Maire Breton nous explique qu’il voulait faire un joli complexe Thalasso pour les pauvres chômeurs, les veuves de marins perdus en mer  (non Jeanne !!) et qu’il n’a pas pu le pauvre, à cause de cette foutue loi d’écologistes inconscients, et que plusieurs dizaines d’emplois ne vont pas pouvoir être créés…

Jeanne avait déjà le cœur aubord des lèvres, mais là, elle était au bord de la rechute, du mal des grands fonds, de l’apoplexie intellectuelle.

Mais ce n’était pas fini…

Sujet culturel… ( Enfin Jeanne le pensait)

Les temples d’Angkor…Classés au patrimoine Mondial de l’Unesco.

Jeanne n’avait toujours pas compris si ce reportage avait pour but de nous inciter à aller gonfler les populations de touristes qui visitent chaque année ces ruines inestimables ou nous alerter sur le risque majeur d’écroulement de celles- ci, du  justement à la prolifération d’hôtels construits à la périphérie, qui pompant exagérément l’eau de la nappe phréatique, mettent en danger la stabilité de la couche sableuses sur laquelle elles reposent.

Un malheureux archéologue, déplorait, dans les deux minutes qui lui étaient consacrées, que ces joyaux qui avaient résisté au temps, aux guerres, aux pillages risquaient de ne pas résister à leur succès médiatique et à la pollution….

Jeanne se disait que les informations n’étaient pas bonnes pour sa convalescence.

Elle ne comprenait décidément plus rien .

Elle quitta le gendre de bonne famille sans regret et se promis de ne plus céder à la nostalgie.

Mais la dernière information de la soirée, recueillie celle-ci sur internet  lui redonna la force de regarder ce monde en face :

« Le jeune poète Hashem Shaabani a été pendu après que sa sentence ait été aprouvée par le “modéré” président iranien Hassan Rouhani  »

Dans une de ces dernières lettres à sa famille il avait écrit : 

"J’ai essayé de défendre le droit légitime que tous les gens dans ce monde devrait avoir qui est le droit de vivre librement protégé par les droits civiques. Avec toutes les tragédies dont j’ai été témoin, je n’ai jamais utilisé une arme pour lutter contre ces crimes atroces, ma seule arme a été ma plume".  

Et Jeanne avait pleuré, de vraies larmes brûlantes et amères, sur ce monde 

Et doucement, comme une prière pour demain elle avait murmuré : Que nos mots soient des graines de fleurs écarlates qui éveillent les consciences… La barbarie n’est jamais très loin.

© Patricia Fort Tous droits réservés. 18 février 2014 

 

 

 

 

 

 

Jeanne avait fait une bêtise.

 

Hier soir elle avait regardé le 20 heures de Pujadas.

Une faiblesse.

Ou plutôt non, une nostalgie.

 

Jeanne était clouée par la maladie depuis plusieurs jours dans son F2 sous les toits, à regarder passer les oiseaux par les velux.  Les seuls bruits de la vie qui lui parvenaient étaient les pas du voisin dans l’escalier, les vibrations du tram en bas, comme un métronome, les sirènes des ambulances qui arrivaient aux urgences du vieil hôpital, juste en face.

 

Elle s’était souvenue de ce temps où enfant, lorsqu’elle était malade, sa mère faisait rouler la table en formica imitation bois où trônait la télévision sous sa housse, jusqu’à sa chambre pour qu’elle puisse regarder Belle et Sébastien, ou Rintintin à l’ORTF.

C’était  un privilège que seule la maladie autorisait.

 

Alors, inconsciemment, Jeanne avait tapé sur Google : France 2 en direct …

 Enroulée dans sa couette, comme autrefois. Il lui manquait juste le tilleul sucré de maman et sa douce présence.

Elle avait allumé une cigarette et sur l’écran de son ordinateur Pujadas était apparu…

 

Propre sur lui, avec sa tête de parfait gendre et son brushing.

Ni triste ni gai.  

 

C’est après que tout a «  merdé »  vraiment!

 

Pour commencer le reportage sur ces retraités pleins aux as dans le midi, regroupés en association pour surveiller leur quartier résidentiel et traquer la racaille… le tout encadré par la gendarmerie qui les forme et délivre des diplômes de «  capitaine  de quartier  »…

 

Ça pue…

 

Mais non… Le septuagénaire sponsorisé par «  les croisières prestiges  » et  «  la chaine thermale du soleil  »  réunies nous explique que non, ils n’ont rien à voir avec une milice, qu’ils ne font que signaler les gens louches… ( Sur quel critères ? C’est sans doute la formation « délit de sale gueule  »que prodigue la gendarmerie nationale …).

Et Pujadas de renchérir : et ça marche….

Ben oui, c’est sur…

 

Ça pue toujours…

 

Deuxième sujet : le réchauffement climatique :

Le gendre parfait nous explique qu’une étude Américaine SCIENTIFIQUE ( pas de références)  montre que les tempêtes que nous subissons de plus en plus sous nos latitudes sont directement liées à la fonte de la banquise.

Bon.

Alors un  Monsieur météo planétaire apparaît dans son costume mal repassé et nous explique sur le planisphère animé que étant donné que les masses d’air en haut sont moins froides et que celle du bas sont toujours chaudes, les courants d’airs au lieu de rester sagement où d’habitude ils provoquaient tsunamis, ouragans et autres catastrophes que l’on regardait avec compassion devant notre télé, et bien  maintenant  ces putains de courants d’air deviennent fous et viennent jusque dans nos salons où on se croyait bien  à l’abri…

 

On comprend bien que ça ne va pas s’arranger, même si monsieur météo se goure une ou deux fois entre le chaud et le froid.

Rien sur les moyens qui permettraient de stopper cette fonte -dont certains pays se frottent les mains… Ils pourront bientôt aller piller le sous-sol aussi là-bas- .

Rien non plus sur l’antithèse qui considère que ce réchauffement fait partie d’un cycle normal de la Terre ( Les périodes de glaciation et de réchauffement font partie de l’histoire de notre planète… ).

Mais de toute évidence, il ne s’agit pas d’une émission scientifique, mais d’information

 (Ah oui ?).

 

Et là c’est l’APOTEOSE.

Sans transition  et sans rire, Poupou nous annonce qu’un rapport veut assouplir la loi Littoral au profit du “développement”  Les rapporteurs du texte estiment que les côtes françaises “pâtissent d’un affrontement stérile entre protection et aménagement”.

Et là Jeanne se dit : Mais ils n’on pas écouté Monsieur Météo planétaire ou quoi ?

Ils sont fous ces gaulois !! 

Alors, un bon Maire Breton nous explique qu’il voulait faire un joli complexe Thalasso pour les pauvres chômeurs, les veuves de marins perdus en mer  (non Jeanne !!) et qu’il n’a pas pu le pauvre, à cause de cette foutue loi d’écologistes inconscients, et que plusieurs dizaines d’emplois ne vont pas pouvoir être créés…

Jeanne avait déjà le cœur aubord des lèvres, mais là, elle était au bord de la rechute, du mal des grands fonds, de l’apoplexie intellectuelle.

Mais ce n’était pas fini…

Sujet culturel… ( Enfin Jeanne le pensait)

Les temples d’Angkor…Classés au patrimoine Mondial de l’Unesco.

Jeanne n’avait toujours pas compris si ce reportage avait pour but de nous inciter à aller gonfler les populations de touristes qui visitent chaque année ces ruines inestimables ou nous alerter sur le risque majeur d’écroulement de celles- ci, du  justement à la prolifération d’hôtels construits à la périphérie, qui pompant exagérément l’eau de la nappe phréatique, mettent en danger la stabilité de la couche sableuses sur laquelle elles reposent.

Un malheureux archéologue, déplorait, dans les deux minutes qui lui étaient consacrées, que ces joyaux qui avaient résisté au temps, aux guerres, aux pillages risquaient de ne pas résister à leur succès médiatique et à la pollution….

Jeanne se disait que les informations n’étaient pas bonnes pour sa convalescence.

Elle ne comprenait décidément plus rien .

Elle quitta le gendre de bonne famille sans regret et se promis de ne plus céder à la nostalgie.

Mais la dernière information de la soirée, recueillie celle-ci sur internet  lui redonna la force de regarder ce monde en face :

« Le jeune poète Hashem Shaabani a été pendu après que sa sentence ait été aprouvée par le “modéré” président iranien Hassan Rouhani  »

Dans une de ces dernières lettres à sa famille il avait écrit :

"J’ai essayé de défendre le droit légitime que tous les gens dans ce monde devrait avoir qui est le droit de vivre librement protégé par les droits civiques. Avec toutes les tragédies dont j’ai été témoin, je n’ai jamais utilisé une arme pour lutter contre ces crimes atroces, ma seule arme a été ma plume". 

Et Jeanne avait pleuré, de vraies larmes brûlantes et amères, sur ce monde

Et doucement, comme une prière pour demain elle avait murmuré : Que nos mots soient des graines de fleurs écarlates qui éveillent les consciences… La barbarie n’est jamais très loin.

© Patricia Fort Tous droits réservés. 18 février 2014 

 

 

 

 

 

 

Un silence peut être parfois le plus cruel des mensonges.

—   Robert Louis Stevenson (via envertudelamour)

(Source : , via envertudelamour)